Delphine Lassailly

Avocat

 « Malgré les difficultés, il ne faut jamais renoncer, même si l’on peut penser que tout est foutu ! »

Le regard de l’autre, c’est un sujet que je connais bien. Je suis avocate dans le but de défendre l’intérêt des personnes en difficulté d’insertion sociale. Souffrant d’un handicap moteur qui m’oblige à me déplacer avec une canne depuis mon enfance, j’ai été très tôt confrontée à ce problème. Mon handicap m’a amené à exécrer le rejet de l’autre, et à me tourner vers des métiers très axés sur la relation humaine. L’essence même du métier d’avocat est de défendre l’autre. La différence fait peur. Et je voulais me battre pour ça ! Au départ chacun s’observe, c’est à moi de sourire deux fois plus, d’aller vers l’autre et de lui dire, t’inquiètes pas, je marche avec une canne mais tout va bien. Tout le problème du handicap, c’est de faire oublier le handicap justement. Pour certains, ça se passe sans difficulté, et puis pour d’autres c’est beaucoup plus compliqué. Il y a des personnes qui restent enfermées dans leur a priori et leurs peurs, et d’autres qui sont beaucoup plus ouvertes.

Beaucoup de Français sont peureux de ce qui est différent, de tout ce qu’ils ne connaissent pas. Trop enfermés dans leurs acquis, nombreux sont ceux qui ont du mal à dépasser leurs a priori. Pour faire évoluer les mentalités, il y a énormément de travail à faire.

Pour beaucoup, la société française est bloquée : on est mis dans des cases et si on ne correspond pas à la norme définie par la société, sur des critères tels que la beauté physique, l’intelligence intellectuelle, on est mis à l’écart. On y arrive à force de volonté, de persévérance, mais il faut se battre. Parfois, c’est fatiguant de se demander comment les gens vont réagir en face de nous ! Etre le plus décontracté possible, dépasser la tension de départ, le premier regard, la première approche, est un véritable défi.

En Angleterre c’est totalement différent. Ma sœur jumelle est professeur d’anglais. Ses entretiens d’embauche en France n’ont tourné que sur son handicap. En Angleterre, ses entretiens d’embauche ont été centrés sur ses compétences. Aux Etats-Unis, les regards que l’on croise sont bienveillants. Il est frappant de constater dans les parcs nationaux américains tous les aménagements réalisés pour permettre aux fauteuils de circuler facilement. Les Français devraient se déplacer plus souvent hors de leurs frontières pour constater le retard que nous avons en matière d’équipement : vivre en France est compliqué pour une personne handicapée. Pour accélérer le mouvement et les mesures prises en matière de handicap, j’invite tous les Français à voyager et à ouvrir les yeux. Les voyages sont formateurs à tous les âges !

Dans le cadre de mon métier, je m’occupe depuis quelques années de deux personnes en particulier dont la situation est particulièrement difficile. Une jeune femme, prise dans un réseau de proxénétisme, obligée de se prostituer pendant plus d’un an. Grâce à son courage, elle a contacté une association qui s’occupait de la réinsertion des personnes prostituées, elle a obtenu un travail, des papiers grâce à la loi Sarkozy qui permet à des personnes étrangères dénonçant leur réseau d’obtenir des papiers. Un jugement a été rendu la reconnaissant victime de proxénétisme, mais son passé l’a rattrapé : les autorités de son pays ont demandé son extradition. Tous les recours contre ce décret d’extradition ont été rejetés et comme je ne pouvais me résoudre à ce qu’elle soit renvoyée dans son pays, ce qui impliquait de la prison et un retour à la case départ, j’ai alerté la presse, qui a elle-même alerté l’Elysée, en principe son extradition ne devrait pas avoir lieu et je suis entrain d’entreprendre les démarches nécessaires pour que sa fille mineure puisse venir en France.

Cette jeune femme, que j’accompagne depuis 2003, m’a démontré que malgré les difficultés, il ne fallait jamais renoncer, même si l’on peut penser que tout est foutu ! 

Autre histoire : un jeune homme malien qui souffre d’un diabète insulino-dépendant l’obligeant à des injections d’insulines quatre fois par jour. J’essaie de lui avoir des papiers en faisant valoir que les traitements adéquats ne sont pas disponibles dans son pays : refus de la préfecture, rejet des recours judiciaires. Ce monsieur, à la suite d’un contrôle d’identité est arrêté et placé en rétention. Son renvoi dans son pays d’origine est imminent. Je plaide l’incompatibilité de la mesure de rétention avec l’état de santé, un examen médical est ordonné par le juge. Conclusion du médecin : Monsieur doit rester en France pour se faire soigner. Cela faisait plus de trois ans que je m’évertuais à le dire !

Là encore, ce monsieur essaie d’avoir des papiers depuis 2006 et il a fallu une arrestation pour que les choses se débloquent enfin. Une fois encore, j’ai appréhendé le fait qu’il ne faut jamais renoncer à se battre et qu’il faut toujours aller jusqu’au bout de ses convictions profondes, même si parfois le découragement peut nous guetter !

Mes passions 

J’ai fondé en 2003 l’association « Entraide mission amitié » avec des amis dont l’objet est la mise en place d’actions humanitaires, éducatives et culturelles en langue française notamment auprès d’enfants.

Nous organisons pour l’instant chaque été des camps éducatifs au Liban. L’année dernière, nous avons ainsi pris en charge 150 enfants. Nous avons inauguré la mise en place d’une bibliothèque francophone, accessible à tous et notamment aux enfants. A cet effet, nous avons collecté 10 000 livres en langue française pour tous les âges. Il nous faut maintenant les acheminer et trouver les fonds nécessaires !

Quelle joie d’aller à la rencontre de l’autre et de découvrir une autre culture : à chaque fois, un enrichissement réciproque et des échanges fructueux !

Mes projets 

J’ai un très bon ami styliste qui a créé une association « Mode et handicap : c’est possible ! » (j’en fais partie), dont l’objet est de créer des vêtements élégants, adaptés aux personnes souffrant d’un handicap, mais pouvant être également portés par des personnes valides pour éviter un nouvel enfermement de personnes handicapées.

Il organise des défilés de mode mêlant des mannequins valides et invalides et a reçu plusieurs prix pour son projet réellement innovant. Personnellement, je trouve son projet assez génial !

Pour en savoir plus 

Vous pourrez suivre mon actualité sur le site de Figures de France.

Pourquoi adhérer à Figures de France ?

En ces temps où l’on ne peut pas ouvrir un journal, écouter la radio ou la télé sans entendre le mot « crise », ce qui véhicule nécessairement un pessimisme certain, il est bon et nécessaire de dire haut et fort que la France regorge de ressources et de personnes optimistes et enthousiastes ! Ces personnes essayent comme elles le peuvent, à la mesure de leurs petits moyens, de faire bouger la France. Avis à tous ceux qui veulent bouger avec nous !