« L’enthousiasme, c’est cette part de divin qu’il faut éveiller et cultiver en nous. »

Isabelle Mergault

 

Portrait

Delphine Lassailly, avocate

Le regard de l’autre, il a souvent l’occasion d’en parler avec Delphine Lassailly, membre du conseil d’administration du Conseil National du Handicap, qui en tant qu’avocate défend l’intérêt des personnes en difficulté d’insertion sociale. Souffrant d’un handicap moteur qui l’oblige à se déplacer avec une canne depuis son enfance, Delphine Lassailly a très tôt été confrontée à ce problème. « Mon handicap m’a amené à exécrer le rejet de l’autre, et à me tourner vers des métiers qui soient très axés sur la relation humaine. L’essence même du métier d’avocat est de défendre l’autre. La différence fait peur. Et je voulais me battre pour ça ». « Au départ chacun s’observe, dit-elle, c’est à moi de sourire deux fois plus, d’aller vers l’autre et de lui dire, t’inquiètes pas, je marche avec une canne mais tout va bien ». Tout le problème, c’est de faire oublier le handicap.. « Pour certains, ça se passe sans difficulté, et puis pour d’autres c’est beaucoup plus compliqué. Il y a des personnes qui restent enfermées dans leur a priori et leurs peurs, et d’autres qui sont beaucoup plus ouvertes ».

Beaucoup de Français sont peureux de ce qui est différent, de tout ce qu’ils ne connaissent pas. Trop enfermés dans leurs acquis, nombreux sont ceux qui ont du mal à dépasser leurs a priori. « Pour faire évoluer les mentalités, il y a énormément de travail à faire », souffle t-elle.

Pour beaucoup, la société française est bloquée : on est mis dans des cases et si on ne correspond pas à la norme définie par la société, sur des critères tels que la beauté physique, l’intelligence intellectuelle, on est mis à l’écart. « On y arrive à force de volonté, de persévérance, mais il faut se battre, insiste Delphine Lassailly. Parfois, c’est fatiguant de se demander comment les gens vont réagir en face de nous ! ». Etre le plus décontracté possible, dépasser la tension de départ, le premier regard, la première approche. En Angleterre c’est totalement différent. « Ma sœur jumelle est professeur d’anglais, poursuit-elle. Ses entretiens d’embauche en France n’ont tourné que sur son handicap. En Angleterre, ses entretiens d’embauche n’ont tourné que sur ces compétences. Aux Etats-Unis, les regards que l’on croise sont bienveillants. Il est frappant de constater dans les parcs nationaux américains tous les aménagements réalisés pour permettre aux fauteuils de circuler facilement. Les Français devraient peut-être se déplacer plus souvent hors de leurs frontières : les voyages sont formateurs à tous les âges.



 
 

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