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Portrait
Delphine Lassailly, avocate
Le regard de
l’autre, il a souvent l’occasion d’en parler avec Delphine
Lassailly, membre du conseil d’administration du Conseil National du Handicap,
qui en tant qu’avocate défend l’intérêt des
personnes en difficulté d’insertion sociale. Souffrant d’un
handicap moteur qui l’oblige à se déplacer avec une canne
depuis son enfance, Delphine Lassailly a très tôt été
confrontée à ce problème. « Mon handicap m’a
amené à exécrer le rejet de l’autre, et à
me tourner vers des métiers qui soient très axés sur la
relation humaine. L’essence même du métier d’avocat
est de défendre l’autre. La différence fait peur. Et je
voulais me battre pour ça ». « Au départ chacun s’observe,
dit-elle, c’est à moi de sourire deux fois plus, d’aller
vers l’autre et de lui dire, t’inquiètes pas, je marche avec
une canne mais tout va bien ». Tout le problème, c’est de
faire oublier le handicap.. « Pour certains, ça se passe sans difficulté,
et puis pour d’autres c’est beaucoup plus compliqué. Il y
a des personnes qui restent enfermées dans leur a priori et leurs peurs,
et d’autres qui sont beaucoup plus ouvertes ».
Beaucoup de Français sont peureux de ce qui est différent, de
tout ce qu’ils ne connaissent pas. Trop enfermés dans leurs acquis,
nombreux sont ceux qui ont du mal à dépasser leurs a priori. «
Pour faire évoluer les mentalités, il y a énormément
de travail à faire », souffle t-elle.
Pour beaucoup, la société française est bloquée
: on est mis dans des cases et si on ne correspond pas à la norme définie
par la société, sur des critères tels que la beauté
physique, l’intelligence intellectuelle, on est mis à l’écart.
« On y arrive à force de volonté, de persévérance,
mais il faut se battre, insiste Delphine Lassailly. Parfois, c’est fatiguant
de se demander comment les gens vont réagir en face de nous ! ».
Etre le plus décontracté possible, dépasser la tension
de départ, le premier regard, la première approche. En Angleterre
c’est totalement différent. « Ma sœur jumelle est professeur
d’anglais, poursuit-elle. Ses entretiens d’embauche en France n’ont
tourné que sur son handicap. En Angleterre, ses entretiens d’embauche
n’ont tourné que sur ces compétences. Aux Etats-Unis, les
regards que l’on croise sont bienveillants. Il est frappant de constater
dans les parcs nationaux américains tous les aménagements réalisés
pour permettre aux fauteuils de circuler facilement. Les Français devraient
peut-être se déplacer plus souvent hors de leurs frontières
: les voyages sont formateurs à tous les âges.
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