Philippe Streiff – Comité des Enthousiastes

Pilote de Formule 1

« S’inventer un rêve ! »

« Qu’est-ce qu’il est exigeant !». Depuis toujours, Philippe, passionné d’automobile, ne se satisfait jamais de ce qu’il réalise. Sa recherche de perfection le mène à étudier les moindres détails, afin d’obtenir le meilleur.

Mais que peut-on faire d’un tel esprit de compétition et d’autant de talents hors normes de persévérance et de volonté ? 

La réponse est simple. On s’invente un rêve, apparemment inaccessible, à la hauteur de ses capacités : devenir Champion de Formule 1. Comme ce monde fait beaucoup d’envieux, mais peu d’élus, il s’est fixé, par prudence, un plan B : devenir ingénieur pour travailler sur les voitures de course. Avec méthode et intelligence, il a inventé sa vie autour de son objectif. A 10 ans, il construisait son premier karting avec un moteur de tondeuse à gazon, comme l’expliquait Spirou. Puis il se lançait dans des études d’ingénieur aux Arts et Métiers. En parallèle, cultivant le sport pour se situer dans l’excellence, il démarrait  sa vie de pilote. Rapidement il devint champion de France de formule 3, puis champion d’Europe en formule 2, pour atteindre le gotha sacré et être un brillant pilote de Formule 1. Le paradoxe est qu’il est arrivé comme pilote d’essai chez Renault, alors que dans son plan B, il souhaitait y travailler comme ingénieur.

Notre Super Doué vivait et savourait intensément, son bonheur. Sa passion automobile, lui avait fourni l’énergie nécessaire, et il avait, relativement facilement vaincu tous les obstacles, et gravi tous les échelons de la pyramide. Comme il avait toujours su créer la chance, en la provocant par son ultra perfectionniste, son avenir était tout tracé : champion.

Mais là, catastrophe, un accident de parcours. Les cartes qui lui avaient été distribuées dans le bon ordre, se brouillent. Le jeu change, le handicap devient une des composantes essentielles. Mais l’essence même de Philippe ne change pas, on n’est pas champion sans raison. Même s’il est difficile pour un sportif de haut niveau, de se reconvertir sans avoir terminé sa carrière, son être profond n’a jamais cessé de le porter, de le transporter, de le faire se dépasser. Sa chute violente dans les enfers fut des plus terribles.

Comment transformer son esprit de compétition en envie de vivre ?

Philippe a toujours été porté par son goût de l’exceptionnel, fidèle à son renoncement de la médiocrité. Alors il  affronte tout, les vrais combats physiques et psychologiques. La nature extraordinaire de Philippe a gagné la plus difficile des batailles : se vaincre lui-même.

La difficulté a révélé un Homme moins égoïste, plus ouvert. Car si on devient champion par soi et pour soi, on se relève dans la difficulté non pas pour soi, mais pour les autres, et par Amour. Le jeune Papa s’est battu pour ses enfants. Le Pilote a alors été très entouré par sa petite famille du monde de la Formule 1.

Lorsqu’il a compris qu’il pourrait continuer sa passion, son enthousiasme a pu renaître. Tout en conservant son rêve, il a rebâti autour de lui, une autre vie plus riche, qu’il n’aurait peut-être pas menée dans une vie plus facile. Il se tourne vers les autres. Et hop, il transforme une fois de plus l’impossible en possible. En revenant à ses premiers amours, le karting, il crée une épreuve de karting indoor au Palais Omnisports de Paris-Bercy, devenue grâce au talent de notre Magicien, une épreuve importante et internationale. Et puis, en bon ingénieur, il se dit qu’on devrait pouvoir conduire une voiture comme on manie un fauteuil électrique. Pour reconquérir cet espoir d’indépendance, il cherche comment conduire sans pédale et sans volant : le résultat est une voiture fabuleuse. Qui dit voiture, dit permis. Du coup, il s’attaque à ce nouveau sujet et fait évoluer le permis de conduire pour les handicapés. Aujourd’hui, il est Conseiller auprès de la Direction de la Sécurité et de la Circulation Routières. Quels sont les nouveaux trésors dont il va nous gâter demain ?

C’est quoi un anti enthousiaste ?

Quelqu’un qui baisse les bras, n’entreprend pas, n’essaye pas. Quand on a la santé, on n’a pas le droit de ne pas être enthousiaste.

Et s’il y avait un médicament pour l’enthousiasme ?

 Ce serait la passion.

Merci Philippe d’avoir transformé votre beau rêve en une belle cause sociétale !

Entretien réalisé par Karin Boras – 2015